Author(s) : Nancy Malitz, Christopher Gruits, Dan Daley
Category Archives: Mémoires
Does experience matter?
Author(s) : Tracey S. Dagger and Timothy K. O’Brien
Les Paradoxes du Consommateur Postmoderne
Author(s) : Decrop A.
Immersion de l’Internaute dans l’Univers d’une Marque
Author(s) : Nannipieri O., Muratore I.
An integrative review of sensory marketing: Engaging the senses to affect perception, judgment and behavior
Author(s) : Krishna A.
Authenticité en ligne, expérience émotionnelle et intentions de visite
Author(s) : Pallud J., Elie-Dit-Cosaque C.
L’expérience sur un site de vente 3D. Le vrai, le faux et le virtuel : à la croisée des chemins
Author(s) : Poncin I., Garnier M.
Virtual Experiential Marketing on Online Customer Intentions and Loyalty
Author(s) : Chen J., Meilling Luo M., Ching R., Liu C.
The relationship between Cartoon Trade Character recognition and attitude toward product category in Young Children
Author(s) : Mizerski R.
Mizerski Richard (1995), The relationship between Cartoon Trade Character recognition and attitude toward product category in Young Children, Journal of Marketing, Vol. 59, 58-70
Résumé :
Cet article teste et analyse l’influence des personnages de marque sur la notoriété et l’image des produits auprès des jeunes enfants. L’auteur mène cette étude à la fois sur des marques qui ciblent traditionnellement les enfants, mais aussi sur des produits et des marques réservés aux adultes comme les cigarettes.
Introduction :
Mizerski écrit cet article dans un contexte où l’emploi des personnes de dessins animés, comme personnages de films ou comme personnages de marque, est de plus en plus fréquent. Il souhaite alors étudier la relation qui peut s’établir entre la reconnaissance d’un personnage de marque par un enfant et l’attitude de ce dernier vis-à-vis des produits (perception, comportements d’achat, etc.), et tout particulièrement des produits qui ne lui sont pas destinés, comme les cigarettes.
Revue de la littérature :
L’âge est un facteur déterminant à prendre en compte pour évaluer :
– L’influence de la publicité sur les enfants : de 2 à 11 ans, les enfants sont plus vulnérables à la publicité ils sont à un âge où toutes leurs structures cognitives ne sont pas encore bien développées. Stutts et Hunnicutt (1987) restreigne ce groupe à celui des 2-7 ans, qui sont les plus sensibles aux images et aux symboles, notamment dans la publicité.
– La capacité de l’enfant à appréhender la publicité en tant que telle : Plus il vieillit, plus il comprend la différence entre les programmes de télévision classiques et les séquences de publicité, et par conséquent, plus il est capable de les éviter. En grandissant, il voit aussi augmenter de manière significative sa capacité à comprendre le contenu des publicités.
– La mémorisation des messages publicitaires : l’âge n’a pas d’effet sur la capacité de mémorisation en tant que telle, mais plus il grandit, plus l’enfant élargit son champ de connaissances et a emmagasiné des souvenirs.
– L’influence de la publicité sur les décisions d’achat et les comportements des enfants à l’égard des produits.
– L’efficacité de la surexposition publicitaire : les tout-petits sont plus sensibles aux publicités qu’ils voient très fréquemment (Raju and Lonial, 1990), et cela peut influer positivement leur attitude vis-à-vis des marques (Zajonc, 1968).
Mais d’après l’auteur, la capacité d’un enfant à reconnaître un produit et à mémoriser une publicité (par le biais ou non d’un personnage de marque) n’influe pas forcément positivement sur son attitude vis-à-vis des produits et de la marque en question. En effet, il peut ne pas aimer un produit ou une marque même à forte notoriété, et la surexposition peut avoir un effet agaçant (d’autant plus si la première impression a été mauvaise). On peut donc imaginer qu’un personnage de marque, même très bien reconnu par l’enfant, peut influer sur son attitude aussi bien de façon positive que de façon négative.
Hypothèses :
H1a : La capacité d’un jeune enfant à associer (ou reconnaître) un personnage de marque avec le(s) bon(s) produit(s) n’est pas dû au hasard ou à la chance.
H1b : La capacité d’un jeune enfant à associer (ou reconnaître) un personnage de marque avec le(s) bon(s) produit(s) est positivement liée à son âge.
H2 : La notoriété d’un personnage de marque n’induit pas nécessairement une attitude favorable de l’enfant vis-à-vis de la marque ou du produit.
Méthodologie :
L’échantillon sur lequel le test a lieu est composé d’enfants âgé entre 3 et 6 ans, venant de 10 régions qui présentent selon Nielsen des caractéristiques variées et représentatives, à savoir : la superficie de la région, la démographie, l’indicateur de développement de la marque Camel (marque qui intéresse l’auteur pour son étude), et la dépense publicitaire par personne de Camel. Des quotas furent fixés afin de former un échantillon représentatif de sexe et de race, avec le même nombre de répondants pour chaque tranche d’âge (3, 4, 5 et 6 ans).
L’échantillon fut finalement composé de 790 enfants, auprès desquels furent menés des entretiens. Afin de rassurer les jeunes interrogés, peu habitués à sortir du cocon familial, un parent ou un adulte familier était présent lors de l’entretien, mais placé de telle sorte dans la salle que sa proximité ne pouvait pas biaiser les réponses de l’enfant.
Les entretiens furent menés par 20 personnes qualifiées, à l’aide d’une planche regroupant un certain nombre de stimuli (logos, personnages de marque, etc.)
Résultats :
L’expérience valide les hypothèses 1a et 1b : plus l’enfant est âgé, plus il est capable de reconnaître les personnages de marque et de les associer aux bons produits. Le cowboy Marlboro est en revanche mal ou peu reconnu par les enfants : l’auteur explique ce résultat par le fait que le cowboy est un personnage récurrent associé à beaucoup d’autres films, dessins animés et spots publicitaires, et que les enfants ne reconnaissent pas le cowboy Marlboro mais ne doit qu’un cowboy ordinaire, qu’ils sont incapables de relier à une marque ou à un produit.
L’hypothèse 2 est également validée par l’expérience : près de 80% des enfants ayant reconnu le personnage de marque Marlboro ou Joe Camel et les ayant associés aux cigarettes disent ne pas aimer ces produits. Mais on remarque aussi que plus les enfants sont vieux, moins leur attitude envers les cigarettes est favorable. L’auteur explique cela par les campagnes anti-tabagisme ont probablement joué sur la perception qu’ont les enfants au sujet de la cigarette et des marques associées. D’ailleurs, plus l’enfant est capable de reconnaître le personnage de marque Joe Camel, plus on constate que son attitude à l’égard de la marque est défavorable. La reconnaissance du personnage de marque a donc dans ce cas présent une influence négative sur la perception de la marque par les enfants.
Conclusion :
Les précédentes recherches menées avant Mizerski laissaient penser que la capacité des enfants à reconnaître des personnes de marque et à les associer aux bons produits étaient des signes annonciateurs d’attitudes favorables à l’égard de ces marques. Mais l’expérience menée par Mizerski démontre qu’il y a d’autres facteurs à prendre en compte. La notoriété des personnages de marque et leur capacité à s’imposer dans les mémoires des enfants ne sont les seuls critères qui favorisent une perception favorable de la marque et des produits. Cela est d’ailleurs très frappant pour les produits réservés aux adultes, comme les cigarettes. Les conclusions de cet article nous invitent donc à une nouvelle réflexion sur les possibilités d’influencer, positivement ou négativement, les comportements d’achat et les décisions d’achat des enfants, avant qu’ils n’atteignent l’âge adulte.
Références bibliographiques :
· A.C. Nielsen Company (1991), Glossary. Northbrook, IL: A.C. Nielsen Company.
· Aaker, David (1991), Managing Brand Equity: Capitalizing on the Value of a Brand Name. New York: The Free Press
· Baxter, Pamela J. (1992), "How Children Use Media and Influence Purchases,"Journal of Advertising Research, 31 (December), RC-2-4.
· Belch, George and Michael Belch (1995), Introduction to Advertising and Promotion: An Integrated Marketing Communications Perspective, 3d ed. Chicago: Richard D. Irwin, Inc.
· Belk, Russell, Robert Mayer, and Amy Driscoll (1984), "Children’s Recognition of Consumption Symbolism in Children’s Products," Journal of Consumer Research, 10 (March), 386-97.
· Bornstein, Robert (1989), "Exposure and Affect: Overview and Meta-Analysis of Research, 1968-1987," Psychological Bulletin, 106 (2), 265-89.
· Brucks, Merrie, Marvin E. Goldberg, and Gart Armstrong (1985), "Children’s Cognitive Responses to Advertising," in Advances in Consumer Research, Vol. 8, Richard J. Lutz, ed. Provo, UT: Association for Consumer Research, 650-54.
· Callcott, Margaret and Patricia Alvey (1991), "Toons Sell … and Sometimes They Don’t: An Advertising Spokes-Character Typology and Exploratory Study," in Proceedings of the American Academy of Advertising, Rebecca Holman, ed. San Antonio, TX: American Academy of Advertising, 43-52.
· Chattopadhyay, Amitava and Joseph Alba (1989), "The Relationship between Recall, Cognitive Responses, and Advertising Effectiveness: Effects of Delay and Context," Working Paper No. 89-103, Cambridge, MA: Marketing Science Institute.
· Dagnoli, Judann (1991), "Three Faces of Kool," Advertising Age, (October 9), 54.
· DiFranza, Joseph D., John W. Richards, Paul M. Freeman, Nancy Wolf-Gillespie, Christopher Fletcher, Robert D. Jaffe, and David Murray (1991). "RJR Nabisco’s Cartoon Camel Promotes Camel Cigarettes to Children," Journal of the American Medical Association, 266 (22), 3149-53.
· Donohue, Thomas, Timothy P. Meyer, and Lucy L. Henke (1978), "Black and White Children: Perceptions of TV Commercials," Journal of Marketing, 42 (October), 34-40.
· Eagly, Alice and Shelly Chaiken (1993), The Psychology of Attitudes. New York: Harcourt Brace Jovanovich College Publishers.
· Fazio, Russell (1986), "How Do Attitudes Guide Behavior?" in Handbook of Motivation and Cognition, Richard Sorrentino and E. Higgins, eds. New York: The Guilford Press, 204-43.
· Fischer, Paul M., Meyer D. Schwartz, John W. Richards, Adam O. Goldstein, and Tina H. Rojas (1991), "Brand Logo Recognition by Children Aged 3 to 6 Years," Journal of the American Medical Association, 266 (22), 3145-48.
· Fitzgerald, K. (1990), "Adults Favor Classic ‘Toons in Their Ads,’" Advertising Age, (September 17), 3.
· Garbarino, James, Frances M. Stott, and Faculty of the Erikson Institute (1989), What Children Can Tell Us. San Francisco, CA: Josey-Bass, Inc.
· Garfield, Bob (1991), "Occasional Sparkle Helps Brighten Lack-luster Year," Advertising Age, (December 23), 30.
· Goldberg, Marvin E. and Gerald J. Gorn (1974), "Children’s Reactions to Television Advertising: An Experimental Approach," Journal of Consumer Research, 1 (September), 69-75.
· — (1978), "Some Unintended Consequences of TV Advertising to Children," Journal of Consumer Research, 5 (June), 22-29.
· –, –, and Wayne Gibson (1978), "TV Messages for Snack and Breakfast Foods: Do They Influence Childrens Preferences," Journal of Consumer Research, 5 (September), 73-81.
· Gordon, P. and K. Holyoak (1983), "Implicit Learning and Generalization of the Mere Exposure Effect," Journal of Personality and Social Psychology, 45 (3), 492-500.
· Gorn, Gerald J. and Renee Florsheim (1985), "The Effects of Commercials for Adult Products on Children," Journal of Consumer Research, 11 (March), 962-67.
· Henke, Lucy (1994), "Young Children’s Perceptions of Cigarette Brand Advertising Symbols: Awareness, Affect, and Target Market Identification," in Proceedings of the 1994 American Academy of Advertising, Karen Whitehill King, ed. Tucson, AZ: American Academy of Advertising, 59.
· Hoffman, Martin (1986), "Affect, Cognition and Motivation." in Handbook of Motivation and Cognition, Richard Sorrentino and E. Higgins, eds. New York: The Gilford Press, 244-80.
· Jensen, Jeff (1993), "Animation Renaissance Snares Kids," Advertising Age, (February 8), 5-20.
· Kobasigawa, Akira (1977), "Retrieval Strategies in the Development of Memory," in Perspectives in the Development of Memory and Cognition, R. V. Kail and J. W. Hagan, eds. Hillsdale, NJ: Lawrence Erlbaum Associates.
· Krumske, William (1993), "When Medical Doctors Conduct Marketing Research: JAMA and Old Joe, The Camel," in AMA Winter Educators’ Conference Proceedings: Marketing Theory & Applications, Rajan Varadarajan, Bernard Jaworski, Peter J. Gordon, and Bert J. Kellerman, eds. Chicago: American Marketing Association, 405-10.
· Levin, Gary (1993), "Study: Some Logos Hurt Image," Advertising Age, (September 13), 40.
· Lipman, Joanne (1991), "Kools Penguin Draws Antismoking Ire," Wall Street Journal, (October 8).
· Macklin, M. Carole (1985), "Do Young Children Understand the Selling Intent of Commercials?" The Journal of Consumer Affairs, 19 (2), 293-304.
· McNeal, James (1987), Children as Consumers: Insight and Implications. Lexington, KY: Lexington Books.
· Mizerski, Richard, Brenda Sonner, and Katherine Straughn (1993), "A Re-Evaluation of the Reported Influence of the Joe Camel Trade Character on Cigarette Trial and Use by Minors," in Proceedings of the 1993 American Academy of Advertising, Esther Thorson, ed. Montreal, Canada: American Academy of Advertising.
· Moschis, George and R. Moore (1979), "Decision-Making Among the Young: A Socialization Perspective," Journal of Consumer Research, 6 (September), 101-12.
· Naples, Michael (1979), Effective Frequency: The Relationship Between Frequency and Advertising Effectiveness. New York: Association of National Advertisers, Inc.
· Norman, Nancy M. and James T. Tedeschi (1989), "Self-Presentation, Reasoned Action, and Adolescents’ Decisions to Smoke Cigarettes," Journal of Applied Social Psychology, 19 (7), 543-58.
· Oei, Tian P. S. and Anthony Burton (1990), "Attitudes Toward Smoking in 7- to 9-Year-Old Children," The International Journal of the Addictions, 25 (1), 43-52.
· Ogilvy, David (1983), Ogilvy on Advertising. New York: Vintage Books.
· Piaget, Jean (1970), "The Stages of Intellectual Development of the Child," in Readings in Child Development and Psychology, P. H. Mussen, ed. New York: Harper and Row.
· Quarforth, Joanne M. (1979), "Children’s Understanding of the Nature of Television Characters," Journal of Communications, (Summer), 210-18.
· Raju, P. S. and Subhash C. Lonial (1990), "Advertising to Children: Findings and Implications," in Current Issues and Research in Advertising, Vol. 12, James Leigh and Claude Martin, eds. Ann Arbor, MI: University of Michigan, 231-74.
· Randazzo, Sal (1992), "The Power of Mythology Helps Brands to Endure," Manufacturing News, (September 28), 16.
· Reeves, B. and Bradley S. Greenberg (1977), "Children’s Perceptions of Television Characters," Human Communication Research, 3, 113-27.
· Robertson, Thomas and John Rossiter (1974), "Children and Commercial Persuasion: An Attribution Theory Analysis," Journal of Consumer Research, 1 (June), 12-20.
· –, –, and Terry Gleason (1979), "Children’s Receptivity to Proprietary Medicine Advertising," Journal of Consumer Research, 6 (December), 247-25.
· Roedder, Deborah (1981), "Age Differences in Children’s Responses to Television Advertising: An Information Processing Approach," Journal of Consumer Research, 8 (September), 144-53.
· –, Brian Sternthal, and Bobby Calder (1993), "Attitude-Behavior Consistency in Children’s Responses to Television Advertising," Journal of Marketing Research, 20 (November), 337-49.
· Schindler, Robert, Morris Holbrook, and Eric Greenleaf (1989), "Using Connoisseurs to Predict Mass Tastes, " Marketing Letters, 1 (1), 47-54.
· Schorow, Stephanie (1992), "Television Activists Take Arms Against Cartoon Cat," Associated Press, (March 19).
· Stern, Barbara (1993), "The Art of Deception: Poetic License and Advertising Fiction," in Proceedings of the American Academy of Advertising, Esther Thorsen, ed. Montreal, Canada: American Academy of Advertising.
· Stewart, David and Ronald Rice (1994), "Non-Traditional Media and Promotions in the Marketing of Alcoholic Beverages," working paper, School of Business, University of Southern California.
· Stutts, Mary Ann and G. Hunnicutt (1987), "Can Young Children Understand Disclaimers in Television Commercials?" Journal of Advertising, 16 (1), 41-46.
· Tesser, Abraham (1978), "Self-Generated Attitude Change," in Advances in Experimental Social Psychology, L. Berkowitz, ed. New York: Academic Press, 289-338.
· — and Mary Conlee (1975), "Some Effects of Time and Thought on Attitude Polarization," Journal of Personality and Social Psychology, 31 (February), 262-70
· Thorson, Esther (1990), "Consumer Processing of Advertising," in Current Issues and Research in Advertising, Vol. 12, James Leigh and Claude Martin, eds. Ann Arbor, MI: University of Michigan, 197-230.
· Van Anken, Stuart and Subhash Lonial (1985), "Children’s Perceptions of Characters: Human Versus Animate Assessing Implications for Children’s Advertising," Journal of Advertising, 14 (2), 13-22.
· Ward, Scott (1972), "Children’s Reactions to Commercials," Journal of Advertising Research, 12 (April), 37-45.
· — (1978), "Researchers Look at the ‘Kid-Vid’ Rule: Overview of Session," Advances in Consumer Research, 6 (October), 7-11
· –, D. Wackman, and E. Wartella (1977), How Children Learn to Buy. Beverly Hills, CA: Sage Publications, Inc.
· Wells, William D. (1965), "Communicating with Children," Journal of Advertising Research, 5 (2), 2-14.
· Will, George (1992), "Can’t Be Too Tough on Tobacco," Washington Post, (January 19).
· Wilson, David (1990), "Tooned On: America Flips for Cartoons," TV Guide, (June 9), 22-27.
· Zajonc, Robert (1968), "Attitudinal Effects of Mere Exposure," Journal of Personality and Social Psychology Monographs, 9 (2), 1-27.
Les enfants sur Internet : les freins et les motivations à l’égard du Web
Author(s) : De Lassus C.
De Lassus C. (2003), Les enfants sur Internet : les freins et les motivations à l’égard du Web, Décisions Marketing, 31, 75-86
Christel de Lassus analyse les comportements des 8-11 ans sur Internet et met en évidence l’existence de plusieurs types d’enfants-internautes. Ces catégories se caractérisent par la prédominance de certaines motivations à l’utilisation d’Internet et de certains freins. Cette typologie ainsi expliquée s’appuie sur une recherche qualitative auprès de 44 enfants et de leurs parents. Cette étude exploratoire permet de s’interroger sur la pertinence de l’offre proposée aux enfants sur le web et engage une réflexion stratégique sur les démarches à adopter.
Développement :
L’auteur commence par rappeler que l’enfant, de sa naissance jusqu’à le début de l’adolescence, passe par différents stades de développement, et s’appuie pour cela sur l’étude de Piaget, psychologue et biologiste spécialiste des enfants. Ce dernier démontre que l’enfant valide différentes étapes de construction de structures cognitives (Piaget et Inhelder, 1966, La psychologie de l’enfant, Presses Universitaires de France, Collection « Que sais-je ? ») qui nous permettent de mieux comprendre l’évolution de sa relation à Internet.
Avant 8 ans, les structures cognitives de l’enfant sont telles qu’elles ne lui permettent pas encore de s’intéresser et de jouir pleinement de l’utilisation d’Internet. Jusqu’à deux ans, l’enfant est au stade sensori-moteur et développe ses sens. Lorsqu’il a accès à un ordinateur, le bébé teste les outils, s’amuse avec des jeux et des activités conçus pour lui, mais il ne surfe pas à proprement parler. De 2 à 7 ans, l’enfant développe sa pensée symbolique, c’est-à-dire qu’il est capable de se représenter mentalement quelque chose (un signifié) par un symbole (un signifiant), ce qui élargit son champ des possibles sur un ordinateur. Mais son utilisation d’Internet reste très fortement limitée par sa dépendance à ses parents ou ses enseignants (il ne sait pas encore lire), son égocentrisme, son hypertrophie affective et sa difficulté à se concentrer sur plusieurs dimensions à la fois.
Après 8 ans, l’enfant est capable de réaliser des opérations complexes, il acquiert progressivement la réversibilité de la pensée, et il est de moins en moins concentré sur lui-même ce qui lui permet de s’ouvrir au monde extérieur, notamment par le biais d’Internet. Christel de Lassus modère cette description des différents stades de développement cognitif en expliquant que l’on doit également prendre en compte, notamment, le contexte social environnemental de l’enfant.
Cette mise en perspective des travaux de Piaget et de l’utilisation d’Internet amène donc l’auteur à s’intéresser aux comportements des 8-11 ans, aux raisons qui les incitent à surfer et à celles qui les poussent à se déconnecter ou à bouder Internet. Elle mène donc une étude exploratoire s’appuyant sur une méthodologie qualitative auprès de 44 enfants et de leurs parents.
L’auteur met ainsi en évidence plusieurs motivations fortes des enfants à l’égard d’Internet :
– Le jeu : Les activités principales des enfants sur Internet sont avant tout des activités ludiques. Les sites Internet sont souvent appréhendés comme des plateformes de jeu supplémentaires, au même titre que les consoles de jeu vidéo. Internet apporte aux enfants la possibilité de se confronter aux autres, à travers le jeu en ligne, et/ou à comparer leurs scores. Le challenge et la compétition sont des motivations très fortes à l’usage d’Internet. Les enfants sont également plus enclins à jouer sur Internet car les sites et les jeux évoluent rapidement : le renouvellement des jeux et des défis, leur disponibilité immédiate les incitent à choisir Internet pour se divertir, plutôt qu’un autre média.
Pour une partie des enfants, constituée majoritairement de petites filles, les activités ludiques ne sont parfois pas associées à des jeux vidéo mais plutôt à des loisirs créatifs, comme le coloriage sur des sites web, la création de pages personnelles ou d’économiseurs d’écran.
– La variété d’activités et d’informations : La profusion d’informations et d’activités disponibles sur Internet est également une autre motivation très forte. Ils perçoivent cette variété de l’offre comme illimitée, même chez les enfants qui utilisent Internet depuis longtemps. Ils peuvent renouveler leurs activités et ne risquent pas de se lasser.
– L’ouverture aux autres : De nombreux enfants utilisent le web pour développer leurs réseaux d’amis, en restant en contact avec des camarades d’école, avec des amis qu’ils n’ont pas l’occasion de voir, ou en se faisant de nouveaux amis sur Internet. C’est une occupation qu’ils apprécient car ils la jugent moins infantilisante. Se créer un réseau et l’entretenir sur Internet leur donne en quelque sorte le sentiment d’adopter le comportement des adultes. Cette motivation dépend en partie de la facilité à communiquer propre à chaque enfant et de son expertise (car il faut savoir maîtriser les mails, les chats et les forums de discussion).
– La recherche d’informations : Qu’elle soit liée à un travail scolaire ou à un centre d’intérêt (les stars, les sportifs préférés, les dinosaures, etc.), la recherche d’informations est une motivation à l’utilisation d’Internet qui se justifie par la facilité qu’ont les enfants à trouver des photographies et du contenu sur ce qu’ils cherchent, la profusion et la rapidité avec laquelle ils peuvent avoir accès à ces informations.
Après avoir identifié les motivations prédominantes, l’analyse des comportements des enfants sur Internet permet à l’auteur de mettre en évidence des freins qui poussent les enfants à se déconnecter et à ne plus y retourner pendant plusieurs semaines. En effet, l’utilisation d’Internet peut paraître souvent trop complexe pour un enfant, soit en raison de son manque d’expertise soit en raison de l’ergonomie des pages web qui n’est pas adaptée. Ces difficultés rencontrées par les enfants sur Internet expliquent les très courtes durées de connexion, les déconnexions rapides et les périodes pendant lesquels les enfants ne vont plus du tout sur la toile.
Il faut d’une part noter que les enfants sont souvent livrés à eux-mêmes sur Internet : dans la majorité des cas, leurs parents ne connaissent pas suffisamment Internet ou n’ont pas la possibilité de venir les aider quand un problème survient.
D’autre part, même s’ils vont fréquemment sur le web, les enfants ont souvent une expertise limitée et comprennent mal les pages web souvent mal construites, même quand elles leur sont destinées. Ils ne savent pas utiliser les moteurs de recherche, qui ont été conçus pour des adultes, ils ont du mal à mémoriser les adresses des sites, jugées trop complexes, ils ne maîtrisent souvent pas l’historique de navigation, les signets ou les favoris, et par conséquent ils ont tendance à toujours surfer sur les mêmes sites, ce qui est en totale contradiction avec leur désir de variété. La lenteur des sites Internet pour enfants, causée par le grand nombre d’images et d’animations, est un frein réel pour ces jeunes internautes en quête d’immédiateté.
Suite à cette description des freins et des motivations, Christel de Lassus nous propose une typologie des jeunes internautes :
– Les « joueurs » : en quête d’activités ludiques, de variété, ils sont freinés par la lenteur des sites, les temps de chargement et les blocages.
– Les « fans » : ils viennent sur Internet pour rechercher des informations sur leurs stars préférées ou leurs passions, mais peuvent être rebutés par leur propre incapacité à se repérer sur la toile et à utiliser les moteurs de recherche.
– Les « scolaires » : Internet est appréhendé comme un outil qui facilite la recherche d’informations pour les travaux scolaires, soit parce que le web rend la tâche simple et rapide, soit parce qu’il permet d’être plus exhaustif.
– Les « pré-ados » : cette catégorie n’est pas définie par l’âge. Les enfants appartenant à ce groupe utilisent Internet parce qu’il leur permet de paraître plus vieux et d’adopter des comportements d’adolescents voire d’adultes, en devenant des petits experts des nouvelles technologies ou en échangeant avec un réseau d’amis.
– Les « communicants » : Internet leur apporte la possibilité d’échanger immédiatement et rapidement avec leurs amis et leur entourage. Ces enfants ont en général une utilisation spécialisée du média Internet et peu de freins la troublent.
On remarque que la perception des parents n’est pas un frein à l’utilisation d’Internet. Les parents interrogés sont plutôt positifs à cet usage, qu’ils considèrent comme indispensable pour que leur enfant se développe et s’intègre dans une société de plus en plus tournée vers les nouvelles technologies et le web.
Références bibliographiques :
• Source Consojunior Secodip.
• Sofres etudes 2002 et 2000 (www.sofres.com)
• Bardin L. (200 i), L’analyse de contenu, Paris, Presses Universitaires de France.
• Bergadaa M. et Nyeck S. (1995), Analyse comparée des motivations des consommateurs et des producteurs de théâtre.
Recherche et Applications en Marketing, 10, 4, 27-45.
• Boulaire C. et Ballofct P, (1999), Freins et motivations à I ‘utilisation d’Internet : une exploration par le bais de métaphores, Recherches et Applications en Marketing, 14,1,21 -39.
• Bree J. (1993). Les enfants, la consommation et le marketing,Paris, Presses Universitaires de France
• Evrard,Y, Pras, B et Roux E. (2000), Market, Etudes et Recherchesen Marketing, Paris, Nathan.
• Ferrandi J.M. et Boutin E. (1999), Un outil de l’audience d’un site Internet: l’analyse réseau, Actes du 15ème Congres International de I ‘Association Française de Marketing,Strasbourg, 669-696.
• Franck (1939), Projective methods for the study of personality, Journal of Psychology, 343-389.
• Gollety M. (1999), Lorsque parents et enfants s’apprennent mutuellement à consommer, Décisions Marketing, 18, 69-80
• Helme-Guizon A. (2002), Sources et conséquences de l’irritation ressentie au cours de la navigation sur un site marchand, Actes du Congrès de l’Association Française de Marketing, Lille, 129-156.
• La Ferle C, S. M. Edwards et W. N, Lee (2000), Teen’s use of traditional media and the Internet, Journal of Advertising Research, 40, 3, 55-65.
• McNeal (1992), Kids as consumers, New York, Lexington Book.
• Piaget J. et B. Inhelder (1966), La psychologie de l’enfant, Paris, Presses Universitaires de France, Collection " Que sais-je ?"
• Sehapper J. (1999), Segmentation des produits enfants : le cas des jeux vidéo, Décisions Marketing, 18, 25-35.