Author(s) : Armand Hatchuel
Introduction
Comment peut on définir le « Design » ? L’histoire peut définir ce terme sans pour autant le rendre clair.
Le design est une donnée essentielle de nos sociétés. Son histoire
emmêlée et confuse l’a installé au cœur d’une des articulations centrales des sociétés contemporaines : celle qui entremêle logique marchande et logique du sens. Car le « design » est cette étrange pratique qui, dans de nouveaux objets, tente rien moins que de concilier capitalisme et humanisme, intérêt et sens, séduction et authenticité, rhétorique et vérité,
tradition et invention. L’histoire du design nous livrent des indicateurs quant aux origines et mutations. Cependant il reste difficile de définir ce qu’est clairement le design.
Hypothèses soulevées :
La plus part des hypothèses sont soulevées sous forme de questions
1- Les observateurs et les connaisseurs du Design se trouvent plongés dans l’aporie intellectuelle et discursive. Mais d’où vient cette aporie ? Qu’est-ce qui la constitue ? Est-elle spécifique au Design ou n’est-elle pas l’expression d’une difficulté scientifique plus large ?
2- Qu’est ce qu’un raisonnement de conception ? les raisonnements de conception sont réductibles à des méthodes de résolution de problèmes.
3- Le Design peut être construit sur les notions de forme et de fonction.
4- La parure agit comme une logique d’expansion de l’objet par incorporation d’une valeur nouvelle.
5- Pour être séduisante, la stratégie de conception relève-t-elle d’un raisonnement
connu ? Ne ramène-t-elle pas le designer au statut d’artiste non astreint à l’exigence d’un raisonnement de conception ?
Résultats
L’étude s’appuie sur des bases théoriquement et
académiquement solides. Le Design moderne semble mystérieux et sans logique
propre que parce qu’il est lui manque un cadre théorique pour l’étude des activités de
conception qu’elle soit le fait des architectes, des ingénieurs ou des designers. Ce cadre a été construit à partir d’une problématique centrale : l’étude des opérations qui transforment le connu en inconnu. Sur cette base, a été introduit la notion clé de partition expansive qui sert d’indicateur à l’ensemble de ces opérations.
Les débats classiques sur forme et fonction ont été rejetés. Par contraste, les notions d’identité de l’objet et
d’immédiateté de la reconnaissance ont permis de spécifier avec précision les
contraintes du raisonnement de conception propre au designer. Ainsi, il a été rattaché aux traditions intellectuelles de la parure et de la qui d’après l’auteur fournissent un cadre analytique et critique d’une grande puissance.
Ce cadre permet d’inscrire la recherche sur le design dans un projet intellectuel d’une
profonde portée théorique et culturelle. Le Design n’est ni une simple pratique dérivée des
métiers d’arts au service d’objectifs marchands, ni une forme d’ingénierie astucieuse et
sensible.
Conclusion
Activité de conception à part entière, le design explore les logiques de la parure et de
la pointe qui comptent parmi les logiques essentielles de nos sociétés. Et il peut, à bon droit,
revendiquer un espace de recherche et d’enseignement conformes aux plus exigeantes
traditions académiques.
Références
(Forty A., 1988), "Objects of desire", Pantheon Books.
(Gernet, L., 1968) "Anthropologie de la Grèce antique", Champs Flammarion.
(Hatchuel A., 2003) "The unfinished program or herbert Simon : towards design theory and expandable rationality" Journal of Management and Governance.
(Hatchuel A., et Weil B., 2001) "Théorie unifiée de la conception", Actes du Colloque.
Sciences de la conception, Lyon Mars 2001.
(Vuilleumier F. 1999) "Les conceptismes", in Histoire de la Rhétorique dans l’Europe moderne 1450-1950, M. Fumaroli éd., Paris, PUF, 1999.