Digital agriculture in Europe and in France: which organisations can boost adoption levels?

FICHE DE LECTURE

Référence

Véronique Bellon-Maurel Technologies & methods for the agricultures of tomorrow (ITAP), Université Montpellier, National Research Institute for Agriculture, Food and the Environment (INRAE), 361 rue Jean-Francois Breton, BP 5095, Montpellier 34196, France

 

https://doi.org/10.1071/CP22065

 

Mots-clés

Agriculture numérique (Digital agriculture) – Robotisation agricole  – Traçabilité – transparence

Synthèse

L’article analyse le développement de l’agriculture numérique en Europe et en France, en mettant l’accent sur les organisations capables d’en favoriser l’adoption. Face aux défis du changement climatique, des attentes sociétales et de la durabilité, la digitalisation apparaît comme un levier majeur pour transformer les systèmes agricoles et alimentaires.

L’Union européenne joue un rôle structurant à travers ses politiques (Green Deal, PAC, Farm-to-Fork), qui soutiennent la recherche, l’innovation et le déploiement des technologies numériques. Ces initiatives visent à articuler transition numérique et transition écologique dans une logique systémique.

En France, un écosystème d’innovation dense s’est développé, associant recherche, formation, entreprises et agriculteurs. Des dispositifs comme #DigitAg, les living labs (Occitanum) ou les réseaux de fermes expérimentales permettent de tester, diffuser et co-construire les innovations. L’objectif est de lever les freins à l’adoption : manque de compétences, faible confiance et inadéquation des outils aux besoins.

Cependant, l’adoption des technologies reste contrastée : elle est élevée pour les outils simples et immédiatement utiles (GPS, applications), mais faible pour les technologies complexes nécessitant des investissements et des compétences avancées. Par ailleurs, le numérique transforme aussi les chaînes de valeur agroalimentaires, en renforçant la traçabilité, la transparence et les liens entre producteurs et consommateurs.

L’article conclut que le principal enjeu n’est pas technologique mais organisationnel : le succès de l’agriculture numérique dépend de la capacité des acteurs à structurer des écosystèmes d’innovation, développer les compétences et accompagner les changements de pratiques, afin de concilier performance économique et durabilité.

 

Développement

  1. Introduction

L’agriculture européenne occupe une place économique majeure, mais elle est confrontée à de multiples défis : changement climatique, évolution des attentes des consommateurs et contraintes sur les ressources. Le texte souligne que « European agriculture is also facing challenges » liés notamment à « climate change and land use change ».

Face à ces enjeux, une transformation profonde est nécessaire, intégrant des dimensions techniques, organisationnelles et sociales. L’agriculture numérique apparaît comme un levier central, permettant de répondre à des besoins tels que :

  • intensifier la production durable,
  • améliorer le suivi environnemental,
  • gérer l’incertitude climatique.

L’article insiste sur le fait que « the digital transformation […] can clearly support a transformation towards safer and more sustainable food systems ».

L’agriculture numérique repose sur plusieurs technologies clés :

  • données massives (IoT, satellites),
  • intelligence artificielle,
  • connectivité,
  • robotisation.

Elle dépasse aujourd’hui l’agriculture de précision pour englober « the exploitation, territory, value chain »

 

  1. Le paysage de la recherche et de l’innovation (R&I)

2.1. Les politiques européennes

L’Union européenne joue un rôle structurant dans le développement de l’agriculture numérique. Sa stratégie repose sur :

  • des investissements massifs (Horizon Europe),
  • la création d’espaces de données agricoles,
  • le développement de hubs d’innovation numérique.

L’objectif est double : souveraineté numérique et transition écologique. Le texte rappelle que ces politiques visent à « strengthen Europe’s digital sovereignty while […] contributing to […] climate neutrality ».

La PAC post-2020 intègre explicitement la digitalisation comme objectif transversal, avec des financements dédiés.

 

2.2. Les initiatives européennes de R&I

De nombreux projets financés (ex : Horizon 2020) illustrent cette dynamique. L’article souligne que « €118 million [have been dedicated] to 16 European projects related to digital agriculture ».

Certains pays sont particulièrement moteurs :

  • Pays-Bas (Wageningen University),
  • Royaume-Uni (AgriTech Centres),
  • France.

Ces initiatives visent à relier recherche, innovation et adoption.

 

  1. L’écosystème français de l’innovation en agriculture numérique

3.1. Les freins à l’adoption

L’adoption des technologies numériques reste limitée en raison de :

  1. problèmes techniques,
  2. manque de formation,
  3. manque de confiance.

Le texte précise : « digital technologies suffer from a lack of adoption due to […] lack of awareness […] and lack of confidence ».

 

3.2. Organisation de l’écosystème

La France a structuré un écosystème original pour favoriser l’adoption, reposant sur :

  • des réseaux (Digifermes, Naexus),
  • des living labs (Occitanum),
  • des dispositifs d’observation (FrOCDA),
  • des structures de formation (AgroTIC, Mobilab).

Ces organisations remplissent trois fonctions principales :

  • cartographier l’adoption,
  • structurer l’innovation,
  • tester les technologies en conditions réelles.

Par exemple, FrOCDA vise à répondre à des questions clés : « What is the level of use […]? What are […] barriers […] or drivers of adoption? ».

 

3.3. Le rôle de la formation (capacity building)

Le développement des compétences est un levier essentiel. L’article insiste sur la nécessité de compétences interdisciplinaires mêlant :

  • sciences agronomiques,
  • sciences numériques,
  • sciences sociales.

Il est précisé que « digital technologies are disruptive […] specific capacities have to be built ».

 

3.4. Tests, démonstration et co-innovation

Des dispositifs comme Digifermes ou le Mas Numérique permettent :

  • d’évaluer les technologies,
  • de former les agriculteurs,
  • de renforcer la confiance.

Ces initiatives favorisent une approche collaborative et expérimentale.

 

  1. #DigitAg : un laboratoire de convergence

Créé en 2016, #DigitAg structure la recherche française autour de l’interdisciplinarité. Il rassemble :

  • 16 partenaires,
  • 30 unités de recherche,
  • environ 700 chercheurs.

Son objectif est de développer une recherche responsable sur l’agriculture numérique.

Le programme repose sur un croisement entre disciplines et enjeux, et favorise les projets interdisciplinaires : « interdisciplinary research on the responsible development of digital agriculture ».

Les résultats montrent une forte progression de l’interdisciplinarité, avec une augmentation significative des projets croisant plusieurs disciplines.

 

  1. Adoption des technologies et transformation des filières

5.1. Adoption en agriculture française

L’adoption reste contrastée :

  • forte pour les technologies simples et utiles immédiatement (GNSS, applications mobiles),
  • faible pour les technologies complexes (modulation intra-parcellaire).

Exemple : « ~50% of French farmers » utilisent le GNSS.

L’article distingue clairement adoption et usage réel : certains outils sont installés mais peu exploités.

 

5.2. Transformation des chaînes de valeur

Le numérique transforme l’ensemble des filières agroalimentaires :

  • traçabilité,
  • e-commerce,
  • blockchain,
  • personnalisation de l’offre.

Il permet de répondre à la demande croissante de transparence. Le texte souligne que « digital technologies have an important role in developing traceability […] and more transparency ».

Les start-ups jouent un rôle majeur dans cette transformation.

 

  1. Discussion : défis et perspectives

Malgré les progrès, plusieurs défis persistent.

6.1. Orienter l’innovation vers les usages

L’enjeu principal n’est pas technologique mais organisationnel : « more effective management processes […] rather than the development of the technology itself ».

 

6.2. Accompagner la transition

Le développement nécessite :

  • infrastructures numériques,
  • formation,
  • politiques publiques adaptées.

 

6.3. Articuler transition numérique et écologique

L’objectif est une co-évolution entre digitalisation et agroécologie.

 

 

Conclusion

L’article montre que l’agriculture numérique constitue un levier majeur pour transformer les systèmes agricoles européens vers plus de durabilité. Toutefois, son succès repose moins sur la technologie elle-même que sur :

  • la structuration d’écosystèmes d’innovation,
  • le développement des compétences,
  • la coopération entre acteurs.

La France apparaît comme un modèle intéressant grâce à la richesse de son écosystème, mais des défis importants subsistent pour généraliser l’adoption.

Références bibliographiques

Birner, R., Daum, T., & Pray, C. (2021).
Who drives the digital revolution in agriculture?
Applied Economic Perspectives and Policy.

Bellon-Maurel, V. et al. (2022a).
Agriculture and digital technology: getting the most out of digital technology.
Inria-INRAE White Book.

Bellon-Maurel, V. et al. (2022b).
Digital revolution for the agroecological transition of food systems.
Agricultural Systems.