Barriers to the adoption and diffusion of technological innovations for climate-smart agriculture in Europe: evidence from the Netherlands,France, Switzerland and Italy

FICHE DE LECTURE

Référence

Thomas B. Long a, *, Vincent Blok a, Ingrid Coninx b, (2015). Barriers to the adoption and diffusion of technological innovations for climate-smart agriculture in Europe: evidence from the Netherlands,France, Switzerland and Italy

https://doi.org/10.1016/j.jclepro.2015.06.044

Mots-clés

Climate change – Climate-smart agriculture – Technological innovation – Innovation adoption

 

Développement

  1. Introduction : enjeux de l’agriculture face au changement climatique

L’article met en évidence que l’agriculture est confrontée à un double défi : s’adapter au changement climatique tout en réduisant ses émissions. Elle représente en effet une part significative des émissions de gaz à effet de serre, estimée à « environ un quart des émissions anthropiques ».

Dans ce contexte, le concept de climate-smart agriculture (CSA) apparaît comme une réponse centrale, visant un « triple objectif » :

  • augmenter la productivité,
  • renforcer la résilience,
  • réduire les émissions .

Cependant, malgré le rôle clé des innovations technologiques, leur diffusion reste lente : « the adoption and diffusion of technological innovations in OECD countries is slow ».

L’objectif de l’article est donc d’identifier les freins socio-économiques à cette adoption en Europe.

 

  1. Revue de littérature et cadre conceptuel

2.1. Définition et rôle des innovations en agriculture intelligente

Les auteurs définissent les innovations CSA comme des technologies (matérielles ou organisationnelles) permettant de répondre aux défis climatiques en agriculture, notamment en améliorant la productivité et en réduisant les émissions.

Ils insistent sur le fait que l’innovation ne garantit pas automatiquement des résultats optimaux, notamment en raison d’un manque d’adaptation au contexte utilisateur :

« suboptimal outcomes can occur due to a lack of user participation in the design process ».

Cela introduit l’importance de l’innovation centrée utilisateur (co-création).

 

2.2. Typologie générale des barrières à l’innovation

La littérature met en évidence plusieurs catégories de freins :

  • Économiques : coûts élevés, retour sur investissement long
  • Institutionnels : cadre réglementaire inadapté
  • Comportementaux : perception du risque, inertie
  • Organisationnels : manque de compétences ou d’information

Par exemple, les coûts initiaux sont souvent « prohibitifs, especially early on in the diffusion process ».

 

2.3. Spécificités du secteur agricole

Dans l’agriculture, certains freins sont accentués :

  • attachement aux pratiques traditionnelles,
  • influence des réseaux sociaux et professionnels,
  • décalage entre bénéfices individuels et collectifs.

Les auteurs soulignent notamment que des technologies efficaces peuvent être rejetées malgré leurs bénéfices :

« effective technologies being rejected by users, who revert back to the original practice ».

 

2.4. Cadre analytique

L’article propose un cadre structurant les barrières selon deux axes :

  • offre (fournisseurs) vs demande (utilisateurs)
  • interne vs externe

Ce cadre guide l’analyse empirique.

 

 

  1. Méthodologie

L’étude repose sur une approche qualitative :

  • 26 entretiens semi-directifs
  • acteurs interrogés : fournisseurs de technologies, agriculteurs, industriels, financeurs
  • pays : France, Pays-Bas, Italie, Suisse

Les données ont été analysées via un codage thématique permettant d’identifier les principaux freins.

 

  1. Résultats empiriques

4.1. Freins du côté de l’offre (fournisseurs)

Plusieurs obstacles majeurs apparaissent :

  1. Difficulté à démontrer la valeur des innovations

Les entreprises peinent à convaincre les agriculteurs :

« main problem was convincing potential customers that it works ».

  1. Accès limité au financement

Les start-ups innovantes manquent de garanties pour attirer des investisseurs.

  1. Environnement réglementaire défavorable

Certaines politiques ne soutiennent pas ces innovations :

« the policy environment is not made for these kinds of technologies ».

  1. Coûts élevés et ROI long

Les technologies sont souvent jugées trop coûteuses.

  1. Difficulté d’accès au marché

Les entreprises ont du mal à identifier et atteindre leurs clients.

 

4.2. Freins du côté de la demande (utilisateurs)

  1. Manque de connaissance et langage inadapté

Le concept de CSA est peu compris :

« it’s more a language and communication issue ».

  1. Coûts élevés

Les investissements sont jugés trop importants :

« it is a cost benefit analysis ».

  1. Manque de preuves d’efficacité

Les agriculteurs demandent des résultats concrets :

« technologies should have a proven impact ».

  1. Contraintes réglementaires

Incohérences entre politiques nationales et européennes.

  1. Difficulté à atteindre les agriculteurs

Les acteurs aval de la chaîne ont peu de contact direct avec eux.

  1. Décalage entre R&D et réalité terrain

« do your research together with farmers ».

  1. Faible demande des consommateurs

« we see no demand from consumers ».

  1. Répartition inégale des coûts et bénéfices

Les agriculteurs supportent les coûts sans en tirer les gains.

 

  1. Discussion

Les résultats confirment que :

  • les coûts restent le principal frein,
  • mais d’autres facteurs émergent, notamment :
    • difficulté à prouver la valeur,
    • manque d’accès aux marchés,
    • inadéquation avec les besoins des utilisateurs.

L’étude souligne surtout que les barrières existent des deux côtés (offre et demande).

 

Recommandations principales

  • développer la co-création avec les agriculteurs
  • améliorer la communication et vulgarisation
  • adapter les politiques publiques
  • soutenir les modèles économiques des innovations
  • renforcer la coordination des acteurs de la chaîne agroalimentaire

 

 

Conclusion

L’article conclut que la transition vers une agriculture climato-intelligente est freinée par un ensemble de barrières interdépendantes.

Le principal enseignement est que :

« barriers exist on both the demand and supply sides ».

Ainsi, les politiques uniquement centrées sur l’offre sont insuffisantes : une approche globale est nécessaire.

Références bibliographiques

Faber & Hoppe (2013)