Le Cloud va-t-il tuer le DSI ( Directeur des Systèmes d’Information) ?

Fiche de Lecture n°2

Référence : Vithayathil, J. (2018). Will cloud computing make the CIO obsolete? Empirical evidence from the US public sector. Information Systems Journal, 28(1), 116-142.

Mots-clés & Définitions

  • Obsolescence professionnelle : Crainte qu’une expertise devienne inutile suite à une rupture technologique (cf. p. 118, où l’auteur définit le risque de déclassement des cadres IT face à l’automatisation des infrastructures).

  • Empire Building (Construction d’empire) : Stratégie de pouvoir visant à accroître son autorité par la gestion de budgets et d’effectifs massifs (cf. p. 132, illustrant comment la possession physique de serveurs renforce le statut social du DSI).

  • Service Broker (Courtier de services) : Nouvelle posture du DSI qui orchestre des solutions externes plutôt que de construire l’informatique en interne.

  • CAPEX vs OPEX : Transition comptable de l’investissement lourd (achat) vers la dépense opérationnelle (abonnement).

Synthèse

Joseph Vithayathil lève le voile sur un sujet tabou : la survie politique du DSI. En analysant le secteur public américain, marqué par une forte bureaucratie, il démontre que les freins au Cloud ne sont pas toujours techniques, mais résultent d’une peur de perdre son « territoire » (cf. p. 120, posant la question centrale de la résistance des cadres IT pour protéger leur influence organisationnelle). L’étude prouve que le Cloud ne rend pas le DSI obsolète, mais exige une mutation radicale vers un rôle de stratège de services informatique .

Développement

1. L’Hypothèse de l’Obsolescence : La peur du vide technique

L’auteur teste la crainte majeure de la profession : si l’infrastructure est externalisée (SaaS/IaaS), la fonction DSI n’est-elle pas vidée de sa substance ? (cf. p. 122, où J. Vithayathil analyse le risque de voir le DSI réduit à un simple « gestionnaire de factures » sans pouvoir de décision technique). Cette angoisse alimente une résistance souvent déguisée en arguments de sécurité.

2. Le paradoxe budgétaire : Plus de flux, moins de fer

L’étude apporte un démenti aux idées reçues : le Cloud ne réduit pas forcément le budget géré (cf. p. 128, présentant des données qui montrent que le passage à l’OPEX peut maintenir, voire augmenter, l’enveloppe financière de la DSI). Le changement ne porte pas sur le montant, mais sur l’allocation : le DSI dépense mieux pour des services à haute valeur ajoutée plutôt que dans de la maintenance matérielle.

3. La politique du « Territoire » (L’Empire Building)

C’est le cœur du problème : un DSI traditionnel est souvent jugé à la taille de son parc informatique et de ses équipes. Le Cloud dématérialise cet « empire » (cf. p. 133, expliquant que la perte de contrôle sur les serveurs physiques est vécue comme une perte de prestige au sein du comité de direction). Le frein est donc ici lié à la protection du statut social du décideur.

4. La mutation nécessaire : Vers le DSI « Broker »

Pour survivre, le DSI doit pivoter de « Constructeur » (Builder) à « Courtier » (Service Broker) (cf. p. 137, décrivant ce nouveau framework où la valeur ajoutée réside dans la négociation des contrats et l’alignement des services sur la stratégie métier).

Conclusion pour le Jury : L’Apport Stratégique de notre Étude

Au terme de cette analyse, les travaux de Vithayathil (2018) permettent à notre étude de démontrer que les blocages au Cloud Hybride ne sont pas uniquement des questions de sécurité, mais des enjeux de pouvoir.

Nous soutenons que la « Résistance Politique » identifiée par l’auteur est un facteur clé de notre comparaison France-Côte d’Ivoire.

  • En France, elle se traduit par une peur de la dilution de l’influence IT dans des structures très hiérarchisées.

  • En Côte d’Ivoire, elle peut s’expliquer par la valorisation du contrôle direct sur des actifs tangibles.

Notre étude utilise ces conclusions pour prouver que le passage au Cloud Hybride est un compromis stratégique : il permet au DSI de conserver une part de son « empire » (On-premise) tout en assumant son nouveau rôle de Service Broker pour l’innovation.

Références bibliographiques : Vithayathil, J. (2018). Will cloud computing make the CIO obsolete? Empirical evidence from the US public sector. Information Systems Journal, 28(1), 116-142.